"Avec, chaque année, 17 000
nouveaux produits sur le
marché et 32 milliards de dollars dépensés pour leur promotion,
l'industrie agroalimentaire a supprimé le poids des traditions, nous
laissant dépendants de la science, des médias, du gouvernement et du
marketing pour décider ce qu'il convient de manger.
En
vérité, le principal intérêt de n'importe quelle théorie de la
nutrition n'est pas tant de satisfaire la curiosité naturelle des
consommateurs que de complaire à l'industrie agroalimentaire et à la
communauté médicale. Les industriels ont besoin de théories pour mieux
vendre: Chaque nouvelle hypothèse nutritionnelle aboutit à une nouvelle
gamme de produits transformés. Cela leur permet de modifier légérement
leurs produits sans remettre en question le modèle de l'alimentation
industrielle en place. Pour l'industrie agroalimentaire, il vaut mille
fois mieux un raisonnement scientifique allant dans le sens d'un
surplus d'aliments transformés - plus pauvres en matière grasse ou en
glucides, ou plus riches en oméga 3, en antioxydants ou encore en
probiotiques - que d'envisager sérieusement la possibilité que les
produits transformés soient une part non négligeable du problème. Pour
la communauté médicale, les théories scientifiques sur la nutrition
sont, là aussi, du pain béni pour les affaires. Les nouvelles théories
donnent naissance à de nouveaux médicaments contre le diabète,
l'hypertension artérielle et l'hypercholestérolémie, à de nouveaux
traitements pour les maladies chroniques, et à de nouveaux régimes
portant au pinacle tel nutriment ou diabolisant tel autre. On parle
beaucoup de l'importance de la prévention, mais l'industrie de la santé
engrange, comme toute industrie, des bénéfices plus conséquents en
commercialisant de nouveaux médicaments et de nouvelles méthodes pour
soigner les maladies chroniques qu'elles ne le feraient si on changeit
du tout au tout notre alimentation." |