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Alicaments
Le dossier vérité
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Article paru dans SCIENCE ET VIE,
octobre 2011
Auteurs Elsa ABDOUN et
Anaïs
PONCET
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Préserver sa santé en mangeant: le concept fait
vendre. Sauf
que les « alicaments " n'ont jamais eu à démontrer l’existence de leurs
prétendues vertus thérapeutiques. L’Efsa a enquêté. Et son verdict est
édifiant… Le point.
Peut-on faire confiance aux étiquettes des produits alimentaires qui
promettent de protéger notre santé? Les industriels de
l'agroalimentaire en font en tout cas l'un de leurs principaux
arguments de vente. "Bon pour le cœur", "participe à l'équilibre de la
flore intestinale", "aide à réduire le taux de cholestérol"... Depuis
une dizaine d'années, ces belles paroles s'échappent des pharmacies
pour envahir les rayons des supermarchés, où elles s'affichent sur des
compléments alimentaires, des margarines, des pots de yaourt ou encore
des boîtes de céréales. Exit les produits alimentaires et leurs simples
prétentions gustatives, place aux "alicaments", à la fois aliments et
médicaments, censés être bons pour les papilles et pour la santé. Sauf
que, contrairement aux médicaments, qui doivent faire la preuve de leur
efficacité au cours de rigoureux essais cliniques, les industriels
pouvaient jusqu'à présent vanter les mérites de leurs "alicaments" sans
apporter la preuve de ce qu'ils avançaient. Jusqu'à présent, car les
choses sont heureusement en train de changer...
L'EUROPE
A
LÉGIFÉRÉ
"Longtemps, on s'en est remis à la bonne foi des professionnels et à
des contrôles occasionnels, epsilonesques par rapport à la quantité
d'allégations présentes sur le marché ", explique Charles Pernin,
chargé de mission santé et alimentation à l'association de
consommateurs Consommation, logement et cadre de vie (CLCV). En 2006,
cependant, le Parlement européen adopte une loi imposant aux
industriels de justifier chaque allégation de santé qu'ils souhaitent
apposer sur un produit ou complément alimentaire. Les scientifiques de
l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) se lancent donc
en 2008 dans un travail de titan: la réévaluation des quelque 4637
types d'allégations existant sur le marché européen, spécifiques
d'une molécule ou d'un produit et de son effet particulier. Celles
concernant les plantes utilisées en compléments alimentaires seront
jugées plus tard, mais l'évaluation des 2 758 autres s'est achevée cet
été.
80 % D'AVIS
NÉGATIFS
Bilan? Globalement, il est catastrophique : environ 80
% des
allégations ont reçu un avis négatif! Certes, cet échec est parfois dû
à un dossier incomplet ou une définition imprécise du produit ou de
l'effet allégué. Une situation sur laquelle les industriels vont
pouvoir travailler afin d'obtenir peut-être, plus tard, un avis
positif. Pour une majorité d'allégations de santé, cependant, malgré
les efforts des industriels, l’Efsa conclut qu’ « un lien de cause à
effet n'a pas été établi » entre le produit et son effet invoqué. Les
raisons sont variées : manque d'études, résultats non probants, voire
ininterprétables... La Commission européenne devrait décider avant la
fin de l'année de rejeter toutes les allégations non démontrées. Elle
l'a déjà fait pour celles qui affirmaient de manière infondée avoir des
effets positifs sur la santé des enfants (lire aussi l'encadré). Les
industriels bénéficieront toutefois d'un temps d'adaptation pour
éliminer les allégations trompeuses.
En attendant, les consommateurs doivent toujours se débrouiller pour
distinguer le vrai du faux. Les conclusions de l'Efsa, bien
qu'accessibles sur Internet, ne devraient pas les aider: elles sont
égrenées dans 341 dossiers concernant chacun un type de produits,
d'effets ou de conclusions... Il serait déraisonnable de s'y plonger
avant d'aller faire ses courses ! Nous l'avons donc fait à votre place,
afin de vous permettre d'y voir plus clair, en faisant la part entre
les promesses scientifiquement démontrées... et la très grande majorité
des autres.
Elsa ABDOUN et
Anaïs PONCET
341 avis passés au crible
Pour élaborer les fiches de ce dossier, nous avons d'abord
minutieusement parcouru les rayons des supermarchés afin d'identifier
les familles de produits ou de nutriments qui, en France, portent des
"allégations de santé", ainsi que la nature de ces allégations. Nous
avons ensuite décortiqué les 341 avis scientifiques, concernant au
total 2 758 allégations, publiés par l'Autorité européenne de sécurité
des aliments (Efsa), afin d'analyser l'ensemble de ceux concernant les
six familles de produits de consommation courante que nous avons
sélectionnées.
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LE CAS DES PROBIOTIQUES
(Les
produits concernés : Yaourts, flacons de lait fermenté (enrichis au
bifidus ou L.casei).
Le
bilan est lourd
pour les
probiotiques:
ces micro-organismes intégrés dans des produits alimentaires,
particulièrement des produits laitiers fermentés, afin de coloniser et
renforcer notre flore intestinale, n'ont pas convaincu l'Efsa. Ils
n'ont en effet pour l'instant pas démontré d'effet bénéfique pour
l'homme, tant sur son système immunitaire que sur le transit,
contrairement à ce que prétendent leurs promoteurs. Une vingtaine de
bactéries des familles Lactobacillus, dont la fameuse L.casei, et
Bifidobacterium (plus connue sous le nom de Bifidus!) ont été passées
au crible et, visiblement, tout reste à prouver... Car d'après l'Efsa,
aucune n'a fait preuve de sa capacité à « stimuler la production
d'anticorps », à « diminuer le nombre de micro-organismes
potentiellement pathogènes pour l'organisme », ou encore à procurer une
« amélioration du transit intestinal ». « Ce bilan ne veut pas dire que
les probiotiques n'ont absolument aucun effet, relativise toutefois
Ambroise Martin, professeur en nutrition et expert à l'Efsa. Il s'agit
d'allégations difficiles à démontrer. Les industriels doivent
donc améliorer leur méthodologie. »
Dans l'état
actuel
de la science, le bénéfice des probiotiques
reste en tout cas hypothétique. D'ailleurs, ce n'est pas la première
fois que celui-ci laisse sceptique. Ainsi, fin 2010, aux Etats-Unis,
Danone, accusé de publicité mensongère par la Commission fédérale du
commerce pour ses allégations concernant Activia et Actimel, avait dû
verser des dizaines de millions de dollars pour mettre un terme au
litige. En Europe, la même année, le groupe français avait déjà décidé
de retirer toutes ses allégations de santé liées à ces deux produits.
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LE CAS DES "BONNES
GRAISSES"
Leurs vertus pour le cœur et le cholestérol sont prouvées.
(Les produits concernés : huiles et filets de poissons gras riches en
acides gras essentiels (oméga 3 et 6), margarines enrichies en stérols
végétaux. )
« Oméga 3 », « acides gras essentiels » ou « insaturés »: quel que soit
leur nom, ces molécules nous promettent un coeur à toute épreuve... «
Les oméga 3 participent au bon fonctionnement du système
cardiovasculaire », peut-on par exemple lire dans les rayons des
supermarchés. Ces vertus ont été prouvées! Plus précisément, certains
oméga 3, l'EPA (acide icosapentaénoïque) et le DHA (acide
docosahexaénoïque), ont démontré leur capacité à « maintenir une
fonction cardiaque normale ». L’acide alpha-linolénique (un autre oméga
3), l'acide linoléique (oméga 6) et les stérols et stanols végétaux
(des lipides ressemblant au cholestérol animal) ont quant à eux fait la
preuve de leur efficacité sur la «réduction du taux de cholestérol
sanguin ». Les études montrent également que remplacer des acides gras
saturés (principalement des graisses animales) par des acides gras
insaturés (les fameux oméga) permet de « maintenir un taux normal de
cholestérol dans le sang », limitant ainsi les risques de maladies
coronariennes. « Attention tout de même au terme « bonnes graisses »
car l'excès de tout type de graisse est mauvais, nuance Marilyne
Plasqui, médecin micro- nutritionniste à Bordeaux. Par exemple, les
margarines enrichies en stérols sont délétaires pour l’organisme si
elles sont consommées trop régulièrement, puisque les stérols bloquent
l’absorption digestive de plusieurs vitamines. » L’Agence française de
sécurité sanitaire des aliments (Afssa) est récemment revenue sur le
cas des acides gras saturés et a déclaré que certains d’entre eux
faisaient également baisser le cholestérol, notamment ceux présents
dans les produits laitiers.
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LE CAS
DES FIBRES
Elles ne
garantissent pas
toutes un meilleur transit
(Les produits
concernés :
Boîtes de céréales (flocons d’avoine,
muesli…), son d’avoine et de blé, pain complet, produits à base de
pruneaux (yaourts, compotes)...)
Ce n'est pas
vraiment une
surprise, mais l'Efsa le confirme: les fibres
contenues dans le seigle, l'orge, l'avoine et le son de blé sont bonnes
pour le transit intestinal. Elles « accélèrent la vitesse du transit »
et « stimulent les contractions de l'intestin ». En revanche, ce sont
les seules à avoir obtenu cette attestation! Car les fibres présentes
dans les texturants industriels (telle la gomme d'acacia) n'ont pas
fait leurs preuves. Et plus étonnant, nombre de fruits (pommes, ananas,
mûres...) n'ont pas non plus démontré leur effet bénéfique sur
l'activité intestinale. Prudence, cependant: « De façon globale, manger
des fruits et des légumes est intéressant pour le transit ", réaffirme
Ambroise Martin. Reste qu'aucune étude n'a démontré l'effet de l'un
d'entre eux en particulier... pas même le pruneau!
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LE CAS DES PRODUITS
"MINCEUR"
Très peu aident vraiment à mincir
(Les produits concernés : substituts de repas hypocaloriques, infusions
minceur, édulcorants…)
Le bilan est renversant: presque aucune des molécules passées en revue
n'a réussi à démontrer son effet bénéfique sur le contrôle du poids.
Même les fibres, pourtant réputées pour diminuer l'absorption des
graisses et des sucres et procurer un sentiment de satiété, n'en ont
pas fait la preuve. Sauf une, le glucomannane, présent dans la farine
extraite d'une plante asiatique et principalement disponible sous forme
de compléments alimentaires en Europe. De même, la caféine ainsi que de
nombreuses plantes promettant un ventre plat et/ou un amincissement de
la silhouette ne sont pas parvenues à démontrer leurs vertus supposées.
Enfin, et c'est un comble, remplacer sa consommation de sucre par celle
d'édulcorants artificiels intenses du type aspartame, acésulfame K et
saccharine n'a pas non plus fait la preuve de son efficacité dans « le
maintien ou l'obtention d'un poids normal ». Au final, selon les
experts de l'Efsa, seuls les substituts de repas de moins de 250
calories, que l'on trouve généralement sous forme de crèmes ou de
soupes, ont un effet avéré conforme à leurs promesses. A raison de un
ou deux par jour, ils permettent « un maintien après une perte de poids
», et ils entraînent même « une réduction de poids » lorsqu'ils sont
pris en remplacement du déjeuner et du dîner.
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LE CAS
DES ANTIOXYDANTS
Leur effet bénéfique n’est pas certain
(Les produits concernés: certains thés, dont le thé vert (polyphénols),
jus de fruits (magnésium, vitamine C…), boissons à base de fruits
rouges, certaines huiles…
Censés protéger l'organisme contre le « vieillissement cellulaire »,
les antioxydants auraient un mode d'action directement lié à leur nom:
ils permettraient de lutter contre l'oxydation des cellules et de leurs
composants (ADN, protéines..). En résumé, ils serviraient d'antirouille
moléculaire… mais leur utilité reste encore à démontrer. En effet, si
les vitamines B2, C et E, le sélénium, le cuivre, le manganèse, le zinc
et les polyphénols de l'huile d'olive ont bien démontré qu'ils
permettent de « protéger l'ADN, les protéines et les lipides » d'un «
dégât oxydatif », trois autres stars de la famille des antioxydants -
le magnésium, le bêta-carotène et le lycopène - doivent encore faire
leurs preuves. Surtout, l'Efsa souligne que cette protection
moléculaire « pourrait » être bénéfique pour l’organisme, mais que cela
n’est pas prouvé. L'agence européenne déclare même « qu’aucun lien n'a
été établi » entre « posséder des propriétés antioxydantes » et «
procurer un effet physiologique bénéfique ». En effet, protéger les
cellules du stress oxydant ne veut pas dire prévenir le vieillissement
de l'organisme ou l'apparition de maladies: « Après trente ans
d'études, on n’a toujours aucune preuve des effets bénéfiques des
antioxydants sur
la mortalité ou la morbidité, déplore ainsi Ambroise Martin.
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LE CAS DES PRODUITS POUR
ENFANTS
Seule compte une alimentation équilibrée
(Les produits concernés: : Petits déjeuners, goûters « riches en
calcium
», compléments alimentaires pour l’attention ou la mémoire…)
Les enfants aussi ont droit à leurs alicaments... mais plus pour
longtemps. Toutes les allégations de santé ayant reçu un avis négatif
de l'Efsa ont en effet été par la suite rejetées par la Commission
européenne. C’est le cas de plusieurs produits probiotiques, comme le
lait infantile Immunofortis, de Danone, qui affirme « renforcer le
système immunitaire de votre bébé ». Pour de nombreux compléments
alimentaires contenant des acides gras essentiels, la liste des
allégations candidates est aussi longue que l'espoir investi par les
parents dans leur progéniture est grand: développement du cerveau, de
la mémoire, de la vision, de la coordination, amélioration de la
concentration et de la capacité d'apprentissage... Toutes ont pourtant
été rejetées! Les produits laitiers en ont aussi pris pour leur grade,
leurs effets sur la « santé dentaire » et le maintien d'un « poids sain
» chez l'enfant et l'adolescent n'étant pas démontrés. Un candidat
s'est enfin vu, sans grande surprise, recalé: le chocolat Kinder, dont
rien ne prouve qu'il aide les enfants à grandir! Finalement une seule
certitude scientifique ressort: l'importance, peut-être encore plus
chez l'enfant, d'une alimentation variée. Ainsi, le calcium, la
vitamine D, le phosphore, les protéines et plusieurs acides gras
essentiels sont bel et bien nécessaires à « la bonne croissance de
l'enfant et de ses os », le fer est utile à son développement cognitif,
et l'acide gras DHA au développement de son cerveau et de sa vision.
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